L’International Inner Wheel, mouvement né en Angleterre, compte aujourd’hui 100.000 membres dans 100 pays et
plusieurs clubs au Maroc, dont 3 à Casablanca.
Elle répond à nos questions entre deux coups de fil, le ton paisible et assuré. Dans son bureau vitré donnant sur l’encombré boulevard Abdelmoumen, Aïcha Amrani retrouve sa fonction de directrice de compagnie d’assurance.
En parallèle, elle assure depuis deux ans la présidence du club Inner Wheel Casa-Californie, dont elle est également la fondatrice. Un titre mérité, fruit d’un long cheminement pour celle qui a intégré l’Inner Wheel en 1994. Mère de 5 enfants, âgés de 9 à 26 ans, directrice d’entreprise, présidente d’association.
Un seul mot d’ordre pour cette battante qui, derrière son calme olympien, cumule les fonctions sans se démonter: organisation, encore et toujours.
L’International Inner Wheel est organisé en clubs autonomes, rattachés à des districts. L’Inner Wheel et le Rotary sont deux entités totalement autonomes qui, néanmoins, entreprennent parfois des actions ensemble.
Quand leurs hommes sont partis en guerre en 1914, les femmes de rotariens se sont réunies pour prendre la relève. Longtemps mises à l’écart, elles ont créé leur espace propre: l’Inner Wheel, sans tutorat masculin, ni paternalisme ou misogynie masqués. Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis.
Le club de «nénettes», que certains voyaient comme un lot de consolation, n’est plus. La doucereuse et docile chrysalide s’est muée en un papillon aux ailes tentaculaires, dispersant son généreux pollen là où on l’appelle. Chez les Inner Wheeliennes engagées, tout n’est que volonté et amour, mais aussi détermination au changement.
«Les femmes travaillent rarement pour la gloire et l’aura, elles sont plus dans la discrétion. En toute franchise, je voudrais que l’Inner Wheel soit reconnu davantage et qu’il ait une communication, si l’on peut dire, plus agressive. C’est ce qu’il faut aujourd’hui , je pense, pour drainer plus de fonds. Et Dieu sait si nous sommes constamment dans l’insuffisance face à l’énorme demande du social marocain», relève A. Amrani.
Les clubs Inner Wheel à Casablanca, et ailleurs au Maroc, sont ainsi sur tous les fronts: distribution de fournitures et manuels scolaires, de denrées alimentaires, visite des prisons, aide aux femmes violentées ou aux enfants maltraités, opérations chirurgicales gratuites, manifestations socio-culturelles…
Dans le proche agenda de l’Inner Wheel Casa-Californie, qui aspire plus que jamais à pérenniser son action, figure la création d’un centre de formation pour le métier de gouvernante de maison.
De par leur statut international à la base, les Inner Wheel au Maroc ne reçoivent pas de dons internationaux. Toutes leurs actions sont donc financées par les cotisations et les participations des membres, en plus des fonds collectés auprès des donateurs et lors des événements festifs organisés dans ce sens.
N’est pas inner wheelienne qui veut. Pour être membre, il faut être épouse, veuve, mère, sœur, fille, belle-fille d’un rotarien ou d’un ancien rotarien. L’entrée au club est également possible pour les mères, les sœurs et les filles des adhérentes de l’Inner Wheel, ainsi qu’aux (ex)rotariennes et aux femmes choisies par un des clubs comme membre d’honneur.
Cet accès pour le moins sélect confirme-t-il la réputation de cercle fermé du Club? Inner Wheel est-il une sorte de confrérie version Rose bonbon, Gucci ou Prada de femmes de riches qui, un beau jour, par oisiveté, ont décidé de créer un petit club pour papoter entre épouses de rotariens?
Sourire discret de notre interlocutrice, qui répond du tac au tac: «En tous cas, ce ne sont pas des femmes auxquelles on collera l’étiquette de détourneuses de fonds! Ce que je trouve aberrant et illogique, ce n’est pas d’être nanti, mais plutôt de ne rien faire en tant que riche pour venir en aide aux nécessiteux. C’est par l’entraide, notamment, que l’on contribue à un certain équilibre social. Et de plus, faire du bien n’a pas de prix. On entend également dire que nous sommes un club de rencontre et d’amusement. L’Inner Wheel tourne autour de l’amitié et avec l’amitié, on peut faire énormément de choses pour son entourage».
Probablement bien plus de choses qu’on ne soupçonne. Régulièrement, les membres des clubs Inner Wheel au Maroc partent à la rencontre des autres adhérentes à travers le monde. Aïcha Amrani avoue se sentir en quelque sorte ambassadrice de son pays là où on la convie.
Des ambassadrices du Maroc bien élégantes, en tout cas.



